PAI : comment savoir si un chiffre est bon, mauvais… ou simplement à remettre dans son contexte ?
Les PAI, ou Principal Adverse Impacts, sont devenus des indicateurs incontournables pour comprendre les incidences négatives des investissements.
Mais face à une fiche fonds, le conseiller se retrouve rapidement devant une succession de chiffres : tonnes de CO₂, intensité carbone, exposition aux énergies fossiles, biodiversité, déchets, égalité femmes-hommes, armes controversées…
Comment savoir ce que ces chiffres disent réellement d’un fonds ?
La bonne approche n’est pas de chercher à mémoriser les 16 PAI.
Il faut plutôt développer une grille de lecture permettant de passer d’un chiffre à une véritable analyse.
Premier réflexe : comprendre ce que mesure le chiffre
Tous les PAI ne parlent pas de la même chose.
Certains mesurent une quantité : émissions de CO₂, déchets dangereux, émissions dans l’eau.
D’autres mesurent une intensité : émissions rapportées au chiffre d’affaires ou à l’investissement.
D’autres encore mesurent une exposition : énergies fossiles, armes controversées, entreprises impliquées dans certaines violations.
Enfin, certains portent sur des pratiques ou caractéristiques des entreprises : écart de rémunération femmes-hommes, représentation féminine dans les conseils, existence de mécanismes de contrôle.
C’est pourquoi deux chiffres de PAI ne peuvent pas être comparés de la même manière.
La question à se poser
« Qu’est-ce que ce chiffre mesure exactement ? »
Avant même de se demander s’il est élevé ou faible, il faut comprendre ce qu’il représente.
Deuxième réflexe : regarder l’unité
Un pourcentage, une tonne de CO₂ ou une intensité carbone ne racontent pas la même histoire.
Prenons les PAI carbone.
Le PAI 1 mesure un volume absolu d’émissions.
Le PAI 2 rapporte les émissions au montant investi.
Le PAI 3 rapporte les émissions au chiffre d’affaires.
Les trois parlent de carbone, mais répondent à trois questions différentes :
Combien de CO₂ ?
Combien de CO₂ pour 1 M€ investi ?
Combien de CO₂ pour générer de l’activité ?
Cette distinction est essentielle pour éviter de comparer des indicateurs qui ne sont pas comparables.
Troisième réflexe : un PAI ne se lit jamais seul
C’est probablement la règle la plus importante.
Un chiffre de PAI n’est intéressant que lorsqu’il est mis en perspective.
La première comparaison est généralement celle avec le benchmark du fonds.
Mais ce n’est pas toujours suffisant.
Pour comparer deux fonds, il faut privilégier des fonds appartenant à un univers d’investissement comparable :
même classe d’actifs ;
zone géographique proche ;
stratégie comparable ;
exposition sectorielle cohérente lorsque cela est nécessaire.
Pourquoi ?
Parce qu’un fonds actions émergentes et un fonds actions européennes peuvent naturellement présenter des profils très différents sur le carbone, l’énergie ou la gouvernance.
Un écart entre deux fonds ne signifie donc pas nécessairement qu’un gérant « fait mieux » que l’autre.
Il peut simplement refléter un univers d’investissement différent.
Quatrième réflexe : toujours se demander si le secteur explique le résultat
C’est particulièrement important pour les PAI environnementaux.
Les secteurs économiques n’ont pas tous le même impact.
Une entreprise de logiciels, un producteur d’électricité, une compagnie aérienne ou un groupe industriel n’ont pas naturellement le même profil carbone, énergétique ou environnemental.
Ainsi, un fonds très exposé à certains secteurs peut mécaniquement présenter :
davantage d’émissions ;
une intensité carbone plus élevée ;
davantage de consommation énergétique ;
davantage de déchets ;
une exposition différente à la biodiversité.
La bonne question devient alors :
« Ce résultat vient-il de la sélection des entreprises ou simplement de la composition sectorielle du fonds ? »
Cette distinction est essentielle pour analyser un fonds en multigestion.
Cinquième réflexe : certains PAI se lisent très facilement… d’autres beaucoup moins
Tous les PAI ne nécessitent pas le même niveau d’analyse. Certains sont relativement intuitifs. C’est le cas, par exemple, de l’exposition aux combustibles fossiles ou aux armes controversées :
Quelle part du portefeuille est concernée ?
D’autres demandent davantage de contexte. C’est le cas de l’intensité carbone, de la pollution de l’eau ou des déchets dangereux. Ici, il faut regarder le secteur, l’univers d’investissement et la qualité de la donnée.
Enfin, certains PAI nécessitent de bien comprendre la méthodologie. C’est notamment le cas des indicateurs sociaux ou de gouvernance : une absence de violation identifiée ne signifie pas nécessairement que l’ensemble des entreprises est exempt de tout risque.
La règle simple
Plus le PAI est complexe, plus il faut regarder au-delà du chiffre.
Sixième réflexe : regarder la qualité de la donnée
Un PAI n’est pas une donnée « pure ».
Selon les entreprises et les indicateurs, les informations disponibles peuvent être plus ou moins complètes. Certaines données sont directement communiquées par les entreprises. D’autres peuvent être estimées.
La couverture peut également varier fortement d’un indicateur à l’autre.
Il faut donc toujours se demander : « Sur quelle part du portefeuille ce chiffre est-il réellement calculé ? »
Un PAI très précis en apparence mais basé sur une couverture limitée doit être interprété avec prudence.
Pour un conseiller, la couverture de la donnée fait donc partie intégrante de la lecture du PAI.
Septième réflexe : passer du chiffre à son explication
Une bonne analyse ne devrait pas s’arrêter à : « Le fonds a un PAI de X. »
Elle doit aller jusqu’à : « Le fonds a un PAI de X, supérieur ou inférieur à son univers, principalement en raison de telle exposition sectorielle ou de telles entreprises. »
C’est cette deuxième lecture qui permet réellement de comprendre le fonds.
Elle peut conduire à identifier :
quelques entreprises fortement contributrices ;
un secteur particulièrement exposé ;
une différence de géographie ;
une politique d’exclusion ;
une sélection de titres spécifique ;
ou simplement un effet mécanique de l’univers d’investissement.
Et surtout : raisonner à l’échelle du portefeuille
C’est ici que les PAI deviennent particulièrement intéressants en multigestion.
Le PAI d’un fonds ne correspond pas nécessairement au PAI du portefeuille final.
Un fonds peut présenter une forte exposition à un indicateur mais représenter une faible pondération dans l’allocation.
À l’inverse, un fonds présentant un profil plus faible peut représenter une part importante du portefeuille.
Il faut donc passer progressivement de : PAI du fonds
à PAI comparé à ses pairs
puis à contribution du fonds au portefeuille global.
C’est cette dernière étape qui transforme les PAI en véritable outil de construction de portefeuille.
Une grille de lecture en 5 questions
Pour simplifier l’analyse, le conseiller peut finalement retenir cinq questions.
1. Que mesure le PAI ?
Quelle réalité environnementale, sociale ou de gouvernance est mesurée ?
2. Dans quelle unité ?
Tonnes, pourcentage, intensité, exposition…
3. Par rapport à quoi ?
Benchmark ou fonds comparables ?
4. Qu’est-ce qui explique le résultat ?
Secteurs, géographie, entreprises, stratégie de gestion ?
5. Quelle importance dans mon portefeuille ?
Quelle contribution ce fonds apporte-t-il au profil PAI global ?
Les PAI : moins une note qu’une grille de lecture
C’est probablement la manière la plus simple de penser les PAI.
Ils ne sont pas destinés à produire automatiquement une note permettant de classer les fonds du « meilleur » au « moins bon ».
Ils permettent plutôt de décomposer les incidences négatives d’un investissement et de comprendre où se situent les différences entre fonds.
Pour un conseiller, le réflexe n’est donc pas : « Ce PAI est-il bon ou mauvais ? »
Mais plutôt : « Que mesure-t-il, où se situe le fonds par rapport à ses pairs, et qu’est-ce qui explique cette position ? »
Puis, dans une approche multigestion : « Quelle contribution ce fonds apporte-t-il au portefeuille que je construis ? »
Mesurer. Comparer. Expliquer. Agréger.
C’est finalement cette grille de lecture, plus que la connaissance des 16 indicateurs par cœur, qui permet de faire des PAI un véritable outil d’analyse des fonds.