Finance durable : pourquoi les CGP restent des acteurs clés de la transition

La vision de Grégoire Cousté, Délégué général du Forum pour l’Investissement Responsable (FIR)

Pour Grégoire Cousté, la finance durable ne traverse pas une phase de repli. Malgré le bruit de fond évoquant parfois un possible « retour de bâton », les dynamiques de fond restent bien présentes. La réglementation évolue, les labels se renforcent et, surtout, les conseillers financiers conservent un rôle central dans la diffusion de l’investissement responsable auprès des épargnants.

Délégué général du Forum pour l’Investissement Responsable (FIR), il partage dans cet entretien sa lecture des tendances actuelles, revient sur les idées reçues autour de la performance de l’ISR et rappelle pourquoi les CGP demeurent des prescripteurs clés, à l’interface entre rendement, risque et impact.

Réglementation et labels : des repères à manier avec discernement

Pour les CGP, la première vigilance consiste à bien comprendre le cadre dans lequel évolue la finance durable. Grégoire Cousté insiste sur l’importance de suivre les évolutions européennes, tout en évitant une lecture trop simplificatrice des textes.

La SFDR, notamment, a souvent été utilisée comme une grille de classification assimilée à tort à un système de labels, via les articles 8 et 9. Or, la réforme en cours vise justement à clarifier ces catégories, avec l’introduction d’une classification liée à la transition et une meilleure prise en compte de la notion d’impact.

Mais cette approche réglementaire ne suffit pas. Les labels constituent, selon lui, des repères essentiels pour les CGP, à condition d’en comprendre la logique, les critères et la gouvernance. Un label pertinent est un label qui évolue dans le temps et renforce progressivement ses exigences.

À ce titre, il souligne l’évolution récente du label ISR. Celui-ci repose désormais sur une promesse plus claire pour l’épargnant, notamment l’exclusion des acteurs qui continuent à exploiter ou à chercher de nouveaux gisements d’énergies fossiles. Le label combine également une sélection des acteurs les plus avancés sur les critères de durabilité et une logique d’engagement actionnarial visant à faire progresser les pratiques, le tout étant audité par un tiers certificateur.

Un mouvement de fond qui ne ralentit pas

Face aux discours évoquant un possible recul de l’ESG, Grégoire Cousté adopte une position mesurée. Les enjeux liés au réchauffement climatique, à la biodiversité ou aux inégalités continueront de structurer les risques et les décisions d’investissement, au-delà des contextes géopolitiques actuels.

Dans les faits, il ne constate pas de ralentissement chez les acteurs français. Au contraire, ceux-ci continuent de renforcer leurs dispositifs, de sécuriser leurs méthodologies et d’innover dans leurs offres. Le bruit de fond autour d’un éventuel retour en arrière ne correspond pas à la réalité observée sur le terrain.

 Des épargnants réceptifs, encore peu exposés

Sur le plan commercial, le constat est plus contrasté. Les épargnants ne demandent pas spontanément des produits responsables, mais leur intérêt est bien réel. Plus d’un Français sur deux se déclare prêt à investir de manière responsable.

Le décalage vient surtout du manque d’exposition à l’offre. Moins de 20 % des épargnants indiquent s’être vu proposer des produits responsables. Pourtant, lorsque c’est le cas, 62 % font le choix de l’investissement responsable. À noter que ce chiffre de 62 % n’est pas stable : selon Grégoire Cousté, il a nettement augmenté ces dernières années, ce qui souligne le potentiel encore largement sous-exploité de la finance durable dans la relation de conseil.

Pour Grégoire Cousté, cela ouvre une opportunité claire pour les CGP : celle d’ouvrir la conversation. Comprendre les attentes des clients, leurs priorités et leurs sensibilités permet d’intégrer la durabilité dans les arbitrages, parfois en dehors du cadre strict de MiFID, qu’il juge trop contraignant pour capter pleinement ces préférences.

Il rappelle également que l’offre s’est largement diversifiée. Il existe aujourd’hui des fonds capables de répondre à de nombreuses aspirations, qu’elles soient climatiques, sociales ou sociétales. En combinant différentes approches au sein d’un portefeuille, il est possible de répondre aux convictions des clients tout en maîtrisant le risque.

Performance : un faux débat sur le long terme

La question de la performance reste centrale dans les échanges avec les clients. Sur ce point, Grégoire Cousté s’appuie sur des travaux académiques solides. Depuis plus de quinze ans, les études montrent qu’il n’y a pas de perte de performance associée à l’investissement responsable.

Il cite notamment une méta-analyse menée par l’Université d’Hambourg, portant sur 2 000 études, qui conclut à l’absence de sous-performance des fonds ISR, quels que soient les univers d’investissement ou les zones géographiques.

Le FIR a lui-même conduit des analyses sur les fonds labellisés ISR en France. Si celles-ci ne permettent pas de conclure à une surperformance systématique, elles ne mettent pas en évidence de sous-performance par rapport aux fonds comparables.

Grégoire Cousté reconnaît que certaines périodes récentes ont pu faire apparaître des écarts, notamment dans un contexte où les énergies fossiles ont joué un rôle important. Mais ces écarts doivent être analysés sur le temps long, où la performance relative de l’ISR reste comparable.

Il rappelle enfin que de nombreux travaux établissent un lien clair entre la qualité des pratiques sociales et la performance des entreprises. Des entreprises où il fait bon travailler sont aussi, sur la durée, des entreprises plus solides. Les critères extra-financiers constituent donc un élément pertinent de l’analyse des risques.

CGP : un rôle de tiers de confiance à assumer

Dans ce contexte, le rôle des CGP apparaît central. Les travaux du FIR montrent que les conseillers financiers restent la première source de confiance des Français en matière d’investissement. Comme le résume Grégoire Cousté, « le conseiller financier, qu’il soit bancaire ou CGP, c’est vraiment le tiers de confiance pour les Français ».

Cette position confère aux CGP une responsabilité particulière. Lorsqu’un produit responsable est proposé, une majorité d’épargnants l’envisage sérieusement. Proposer fait donc partie intégrante du rôle de conseil, même si le choix final revient au client.

Il voit également dans l’ISR l’opportunité d’ouvrir une discussion plus complète autour du triptyque « rendement, risque et impact », afin d’aborder plus finement les arbitrages possibles selon les objectifs et la sensibilité des clients.

Des outils pour lever les freins opérationnels

Reste un frein bien identifié : la complexité perçue de l’ISR. Beaucoup de conseillers hésitent encore à « mettre la main dedans », par crainte de ne pas savoir justifier leurs choix, notamment en cas de contrôle.

C’est là que les outils spécialisés comme isrselect jouent un rôle clé. Interrogé sur le sujet, Grégoire Cousté est direct : « Indispensable. » Pour lui, ces plateformes permettent de structurer la recherche, de documenter les décisions et de sécuriser le conseil. Elles ne simplifient pas à l’excès, mais accompagnent les CGP dans leur pratique quotidienne. Comme il le formule lui-même : « C’est simplificateur. Ce n’est pas simplifiant. (…) Ça leur rend la vie plus facile. »

L’objectif est clair : permettre aux CGP de ne plus percevoir l’ISR comme une montagne insurmontable, mais comme une dimension intégrable, outillée et maîtrisable de leur métier.

 

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À propos de Grégoire Cousté

Grégoire Cousté est Délégué général du Forum pour l’Investissement Responsable (FIR).
Il a rejoint le FIR et le monde de l’ISR en 2009, après avoir exercé dans les domaines de la santé publique, de la communication stratégique et du journalisme.
Avant de rejoindre le FIR, il était directeur de la communication de The International Union Against Tuberculosis and Lung Disease (IUATLD), et auparavant responsable du pôle affaires publiques et communication stratégique de Nextep, Consulting & Health Economics, cabinet spécialisé dans les industries de santé.
Il a débuté sa carrière comme journaliste à Radio BFM, puis au sein de l’agence DioraNews, où il développait des partenariats éditoriaux.
Grégoire Cousté est diplômé de l’IPAG Business School et du CNAM en Santé et Développement.

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